Et si c’était pire…

Marc Levy –ancien étudiant en gestion et ex-entrepreneur audacieux—est devenu romancier tardivement. Il semble, néanmoins, adroitement installé dans la très convoitée –ainsi qu’éreintée—catégorie des auteurs de best-sellers.

Dès la publication de son premier roman, les ventes ont grimpé en flèche, chaque campagne publicitaire les relançant de façon spectaculaire. Mais si le roman ne plaît pas aux lecteurs, le bouche-à-oreille ne fonctionne pas. Il faut donc reconnaître au romancier l’art d’emballer les foules; même si l’on s’en aperçoive de l’écart stupéfiant entre les avis des critiques et les ventes.

La qualité littéraire de l’ouvrage intitulé Et si c’était vrai –sorti en 2000—a été vivement contestée: facile à lire (au sens plutôt péjoratif du terme), stéréotypé, niais… voici quelques-uns des commentaires que le livre a suscité. J’avoue que j’entretenais quelques préjugés sur ce roman, dont l’histoire je trouvais trop mielleuse –quelque chose d’habituel et (ose-je le dire?) exaspérant chez Levy. Je n’ai pas changé d’avis et je ne tiens à renouveler l’expérience pour le moment.

Le livre aborde –esquisse `plutôt—des thèmes qui parlent au plus grand nombre dans un style accessible. C’est peut-être pour cette raison là que le bouquin a remporté le Prix Goya,  une distinction littéraire décernée par les lycéens de la Borde-Basse et dont l’objectif c’est d’inciter les élèves à la lecture. Il s’agit d’un roman de gare que l’on peut lire partout. En plus, le vocabulaire est simple et les constructions limpides, comme s’il fallait se débarrasser du style pour laisser le cerveau du lecteur disponible afin qu’il assimile le message.

Certes, trop souvent on cache la vérité des choses derrière des métaphores et on finit par s’y perdre et on n’a pas besoin d’une plume shakespearienne pour correspondre aux critères d’un excellent roman, bien évidemment. Alphonse de Lamartine voulait

                  « […] (faire) descendre la poésie du Parnasse et […] (donner) à la Muse, au lieu d’une lyre à sept cordes de convention, les  fibres mêmes du cœur de l’homme, touchées et émues par les innombrables frissons de l’âme et de la nature. »

Malheureusement, Marc Levy n’a rien à nous dire. Il se contente de grappiller pas mal de clichés pour nous délivrer un message manichéen.

L’histoire est simple : l’esprit volatil d’un corps comateux étalé sur un lit d’hôpital, séduit le locataire de son appartement –puisqu’il est la seule personne au monde qui puisse partager ce secret—et en tombe amoureuse ; féminin parce qu’il s’agit de Lauren, interne en médicine qui eut un grave accident de voiture à la suite d’une rupture de direction. C’est alors qu’elle décide de hanter le placard d’Arthur –jeune architecte installé à San Francisco. Bonheur éphémère. Hélas, la mère de Lauren décide d’euthanasier sa fille. Désespoir, kidnapping, poursuite policière et finalement, elle sort du coma, mais elle ne reconnaît pas Arthur. Même si l’on trouve les deux personnages principaux en proie à trop de problèmes tiré par les cheveux, ils restent assez superficiels et pas assez consistants ; on dirait des fantômes… Mais le bouquet c’est que le dénouement de cet imbroglio scénaristique n’est point remarquable.

Levy nous dit qu’il a « fait une croix définitif sur les égoïstes, les compliqués et ceux qui sont trop radins du cœur pour se donner les moyens de leurs envies et de leurs espoirs ». Pour ma part, j’ai fait une croix sur les romans de Levy.

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