Avant Adamsberg

Fred Vargas –de son vrai nom Frédérique Adoin-Rouzeau—et l’une des plus talentueux icônes du polar français. Fille d’une mère chimiste et d’un père intellectuel, elle a grandi auprès de sa sœur jumelle, avec laquelle elle partage son pseudonyme. Passionnée de l’histoire, elle devient une brillante archéozoologue et publie une mémoire sur la transmission de la peste ainsi que plusieurs essais scientifiques. Pourtant, elle ressent le besoin de réveiller sa fibre paternelle surréaliste et se lance dans l’écriture des romans. Avec une technique de travail bien à elle, Fred Vargas crée d’emblée un nouveau genre romanesque : le « Rompol ». Son 2e roman marque sa carrière, puisqu’elle a été publiée chez l’éditrice Viviane Hamy, auprès de qui elle restera fidèle, mais surtout parce qu’on y rencontre pour la première fois son personnage fétiche, le commissaire Adamsberg.

Le festival du film policier de Cognac fût jusqu’en 2007 l’incontournable rendez-vous des amateurs de polars sur pellicule. Le festival décernait également son Prix du roman policier, destiné à révéler de nouveaux auteurs, tels que Fred Vargas, dont la première tentative littéraire, Les jeux de l’amour et de la mort (1986), a été sélectionnée sur manuscrit et a reçu le prix du roman policier du festival –tenue en Beaune dès l’année 2009. Le roman a été ensuite publié aux éditions du Masque.


Thomas Soler, jeune peintre parisien, prend connaissance de la soirée annuelle donnée chez le célébrissime artiste Gaylor. Thomas tâche d’en profiter l’occasion pour lui soumettre son travail, voire obtenir son soutien. N’osant pas l’aborder, il se glisse comme un voleur dans son bureau. Là il découvre un corps effondré et, bouleversé, il fuit la scène sans avertir personne. L’inspecteur Galtier, chargé de l’enquête, trouve cette attitude bien suspecte et persécute Thomas obstiné en sa rancune contre le petit peintre médiocre. Les meurtres se succèdent jusqu’à-ce que l’imposture de Gaylor, en tant que peintre et victime, est décelée et son vrai identité révélée.


Quoique certains parlent de coup de maître, Les jeux de l’amour et de la mort n’est décidément pas le roman le plus réussi de Vargas. Certes, il s’agit d’un début prometteur en quelque sorte, mais je ne vais pas faire l’écho des affirmations saugrenues lorsque même l’auteur renie cette camelote « nulle de chez nul ».

Vargas s’évertue à reproduire la prosodie rousseauiste, la musique proustienne qu’elle admire, et développe un style parfois étincelant. Néanmoins, cette alchimie verbale n’est pas encore maîtrisée et l’obsession pour le détail –un mot, une assonance qui ne convient pas—détraque une œuvre qui se veut un hommage à la catharsis grecque, mais qui ne peut pas fournir le soulagement vital que l’on associe aux narrations fictives de type résolutif, précisément parce qu’on a sacrifié l’histoire. Le son du roman est aussi important que l’histoire, mais il ne faut pas pour autant bâcler cette dernière.

Les jeux de l’amour et de la mort n’arrive pas à nous séduire. Vargas a beau tenter de briser l’indifférence que l’on a à l’égard des personnages si « aplatis » et inertes que la seule enquête qui mérite être menée est celle qui permettra éclaircir la mort de tout le monde dans cette histoire. Même pas les dialogues percutants et un discours parsemé de mots grossiers ne réussissent à leur insuffler de la vie. Peut-être que leurs traits sont brouillés par la somnolence que le lecteur s’efforce vainement de combattre.

Certains passages se révèlent particulièrement lourds. On apprécie le « hasardeux » contraste de pesanteur et de ralenti et les ébouriffantes digressions –des anges et des citations empruntées au film Les enfants du paradis qui s’immiscent au fil des pages pour des raisons qui m’échappent. L’inspecteur perquisitionne partout, mais ne trouve que des pistes qui ne débouchent sur rien d’important.

Échange des mous sombres…

Loin de se résoudre, le (pénible) mystère prend un nouveau tournant alambiqué. Mais quel ennui terrifiant !

 

Les œuvres qui ont suivi cet opus ont été écrites avec plus de talent, à en croire le succès grandissant que remporte chacun de ses livres. La branche du roman policier est une littérature très anxiolytique, mais moi je prescrirai la lecture de ce livre aux personnes atteintes d’insomnie sévère.

 

 


 

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